Bon, ça fait beaucoup de pronoms possessifs "mon, ma, mes, etc.", mais je ne suis pas très inspirée niveau titre.
Alors ma voix, ce n'est pas un secret ni surprenant : je ne l'aime pas. Mais il paraît que j'avais une jolie voix, enfant, avant que je ne l'abîme à force de crier (hum). En dehors de mes parents (logique), il n'y a que trois personnes qui m'ont surprise en me confiant qu'elles aimaient ma voix, sans que je leur aie demandé quoi que ce soit.
Mais ce qui m'a encore plus surprise, c'est qu'une quatrième personne m'a dit que j'ai la voix d'une fumeuse ! Et cette personne, c'est mon propre compagnon, hé oui... (mais non, ce n'est pas le grand méchant compagnon :p) (et rectification faite, j'aurais, semble-t-il, oublié la suite : "qui donne un ton suave et glamour" - comment il essaie de se rattraper, mais c'est mignon :p -)
La première fois que je me suis "vraiment" entendue, c'est à la TV, en classe d'anglais. On devait faire des sketches, et je devais dire quelques phrases toutes bêtes pendant qu'on nous filmait. Quand je me suis vue à la TV, j'ai eu honte de moi tellement j'ai trouvé que j'avais la voix trop nasillarde, trop haut perchée, etc., et les larmes me sont montées aux yeux. Mais ça n'avait pas eu l'air de choquer les autres qui regardaient la suite sans me regarder comme si j'étais un monstre... Et bien alors ?
Ca, c'était en 5ème, quand j'avais 13 ans.
La deuxième fois où je me suis "entendue", c'est 2 ans plus tard, quand j'ai eu la brillante idée de m'enregistrer sur un magnétophone, allez savoir pourquoi. J'avais trouvé l'idée rigolote, mais j'ai trouvé ma voix beaucoup moins rigolote à écouter, toujours trop nasillarde. Alors, crispée, j'ai vite effacé la bande compromettante.
Puis, j'ai grandi, et j'ai fini par accepter que ma voix soit différente de la "normale", c'est l'accent des sourds...
J'oubliais : et le chant. C'est un de mes plus gros regrets, de ne pas pouvoir chanter. Toutes les femmes de ma famille chantent juste, sauf moi. Je chante même super faux. *mode Calimero on* Si je n'avais pas été sourde, j'aurais pu chanter. *mode Calimero off*
mardi 1 avril 2008
Paradoxal, mais vrai
Je me suis dit à plusieurs reprises que si j'avais été entendante, ma mémoire n'aurait pas été majoritairement visuelle, mais auditive.
Oui, oui... Je sais que cela en surprendra plus d'un, et qu'on me demandera : "Mais comment peux-tu le savoir ?".
Je pense que le fait d'enregistrer les sons comme je les perçois (évidemment !) m'a en grande partie aidée à apprendre à parler.
Je différencie la voix de ma mère de celle de ma sœur, et celle de mon père de celle de mon frère.
Je peux reconnaître des sons et les associer à ce qui les reproduit, même si je ne l'ai entendu qu'une fois, je vais chercher à quoi il correspond. Bon, ce n'est pas toujours ça.
Une fois qu'on m'a expliqué comment prononcer tel son, c'est bon, c'est enregistré. (ou pas toujours, notamment avec toutes les variantes du "o", j'ai toujours du mal...)
J'adore les langues, et sans mémoire auditive, comment on peut faire ? D'accord, j'ai un gros accent à trancher je ne sais plus quoi, du beurre ? mais a priori, je prononce grosso modo comme il faut.
J'ai une bonne mémoire visuelle, normal. Mais une bonne mémoire auditive aussi. Oui, c'est paradoxal.
Oui, oui... Je sais que cela en surprendra plus d'un, et qu'on me demandera : "Mais comment peux-tu le savoir ?".
Je pense que le fait d'enregistrer les sons comme je les perçois (évidemment !) m'a en grande partie aidée à apprendre à parler.
Je différencie la voix de ma mère de celle de ma sœur, et celle de mon père de celle de mon frère.
Je peux reconnaître des sons et les associer à ce qui les reproduit, même si je ne l'ai entendu qu'une fois, je vais chercher à quoi il correspond. Bon, ce n'est pas toujours ça.
Une fois qu'on m'a expliqué comment prononcer tel son, c'est bon, c'est enregistré. (ou pas toujours, notamment avec toutes les variantes du "o", j'ai toujours du mal...)
J'adore les langues, et sans mémoire auditive, comment on peut faire ? D'accord, j'ai un gros accent à trancher je ne sais plus quoi, du beurre ? mais a priori, je prononce grosso modo comme il faut.
J'ai une bonne mémoire visuelle, normal. Mais une bonne mémoire auditive aussi. Oui, c'est paradoxal.
Des frustrations et des petits délices
La surdité m'apporte son lot de frustrations, mais aussi des moments où je suis bien contente d'être sourde.
Je me suis dit que ça serait peut-être intéressant d'en faire une récapitulation ici. Histoire de voir et non de me plaindre.
Du côté des frustrations (je réserve le meilleur pour la fin) :
- Je ne peux pas téléphoner, et donc, je dépends de quelqu'un pour ce faire. Et ça m'énerve à un point. Mais là, je radote.
- Les annonces dans le train et le métro, je suis obligée de guetter la réaction des voyageurs pour voir s'ils ont un air inhabituel, et dans ce cas, je demande à mon voisin ce qui s'est dit.
- Quand je ne comprends rien... Soit la personne en face râle car il faut répéter ou écrire, soit elle me répond "Laisse tomber". Je déteste ces deux mots, le nombre de fois où on me les a sortis... Du coup, je les dis très très rarement. Seulement dans le cas où ce que je venais de dire n'était vraiment pas intéressant ou totalement stupide. Oui, très très rare !! :p
- Pour suivre les cours, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux.
- Pour suivre les discussions en groupe non plus. Bonjour l'exclusion, du coup.
- L'apprentissage de l'oral des langues étrangères m'est plus compliqué. Et quand on sait que j'adore apprendre les langues étrangères...
- Etc.
Petits délices :
- Je peux dormir même si on crie à côté de moi. Et ça, c'est super quand le chat passe la nuit à gratter la porte et à miauler.
- Il paraît que j'échappe à des discussions dont l'intérêt est du niveau ras de pâquerettes (mais che feu chavouar quand même ! - traduction pour ceux qui n'auraient pas compris au cas où : mais je veux savoir quand même ! -)
- Hum... là, j'ai un peu honte de le dire. Parfois, mon handicap est bien utile dans l'administration, ils sont tout de suite plus compatissants et donc plus prompts à répondre à mes attentes. Mais bon, ça ne marche pas toujours. Parfois, je m'en sers comme le Chat Potté de Shrek avec ses yeux, pour arriver à ses fins.

J'en oublie, certainement.
Je me suis dit que ça serait peut-être intéressant d'en faire une récapitulation ici. Histoire de voir et non de me plaindre.
Du côté des frustrations (je réserve le meilleur pour la fin) :
- Je ne peux pas téléphoner, et donc, je dépends de quelqu'un pour ce faire. Et ça m'énerve à un point. Mais là, je radote.
- Les annonces dans le train et le métro, je suis obligée de guetter la réaction des voyageurs pour voir s'ils ont un air inhabituel, et dans ce cas, je demande à mon voisin ce qui s'est dit.
- Quand je ne comprends rien... Soit la personne en face râle car il faut répéter ou écrire, soit elle me répond "Laisse tomber". Je déteste ces deux mots, le nombre de fois où on me les a sortis... Du coup, je les dis très très rarement. Seulement dans le cas où ce que je venais de dire n'était vraiment pas intéressant ou totalement stupide. Oui, très très rare !! :p
- Pour suivre les cours, ce n'est pas ce qu'il y a de mieux.
- Pour suivre les discussions en groupe non plus. Bonjour l'exclusion, du coup.
- L'apprentissage de l'oral des langues étrangères m'est plus compliqué. Et quand on sait que j'adore apprendre les langues étrangères...
- Etc.
Petits délices :
- Je peux dormir même si on crie à côté de moi. Et ça, c'est super quand le chat passe la nuit à gratter la porte et à miauler.
- Il paraît que j'échappe à des discussions dont l'intérêt est du niveau ras de pâquerettes (mais che feu chavouar quand même ! - traduction pour ceux qui n'auraient pas compris au cas où : mais je veux savoir quand même ! -)
- Hum... là, j'ai un peu honte de le dire. Parfois, mon handicap est bien utile dans l'administration, ils sont tout de suite plus compatissants et donc plus prompts à répondre à mes attentes. Mais bon, ça ne marche pas toujours. Parfois, je m'en sers comme le Chat Potté de Shrek avec ses yeux, pour arriver à ses fins.
J'en oublie, certainement.
lundi 31 mars 2008
Entendre n'est pas comprendre
Beaucoup font l'amalgame entendre = comprendre, et ce, à tort. Mais moi-même, je n'en ai compris la différence qu'au collège, lorsque je suis tombée sur un fascicule visant à expliquer aux professeurs comment communiquer avec des élèves sourds. Jusque là, je ne m'étais pas posé la question.
Il m'est déjà arrivé qu'on me demande si j'avais entendu ce qui se disait, et que je réponde alors : "Oui, j'ai entendu (avec mes appareils), mais je n'ai pas compris.", ce qui en déconcertait plus d'un, jusqu'à ce que je leur explique.
Et donc, entendre, c'est percevoir les bruits environnants, ceux que les appareils auditifs veulent bien nous transmettre, mais pour ce qui est de les distinguer et les identifier, c'est une autre histoire.
C'est pourquoi je précise que même si je suis appareillée et que je peux ainsi entendre la voix, il me faut lire sur les lèvres pour décrypter les paroles.
Et je sors souvent l'exemple suivant : "C'est comme si vous étiez en Chine : vous entendez parler autour de vous, mais vous ne comprenez pas." Et on comprend tout de suite encore mieux.
Il m'est déjà arrivé qu'on me demande si j'avais entendu ce qui se disait, et que je réponde alors : "Oui, j'ai entendu (avec mes appareils), mais je n'ai pas compris.", ce qui en déconcertait plus d'un, jusqu'à ce que je leur explique.
Et donc, entendre, c'est percevoir les bruits environnants, ceux que les appareils auditifs veulent bien nous transmettre, mais pour ce qui est de les distinguer et les identifier, c'est une autre histoire.
C'est pourquoi je précise que même si je suis appareillée et que je peux ainsi entendre la voix, il me faut lire sur les lèvres pour décrypter les paroles.
Et je sors souvent l'exemple suivant : "C'est comme si vous étiez en Chine : vous entendez parler autour de vous, mais vous ne comprenez pas." Et on comprend tout de suite encore mieux.
vendredi 28 mars 2008
Mon fils
Lorsque j'étais enceinte, après l'inquiétude de savoir si tout se passait bien, si le fœtus se développait bien, est venue l'inquiétude de savoir s'il entendrait ou pas. On ne peut rien voir avec les échographies, mais on peut faire des suppositions, suivant s'il réagit ou pas quand il y a de la musique, ou un gros bruit.
Je me souviens que le soir où on l'a clairement senti bouger, SK lui avait mis de la musique, et il avait encore plus bougé. Par la suite, SK lui mettait de temps en temps de la musique, et il réagissait toujours. De même que quand SK lui parlait. J'étais sûre qu'il entendait, mais en même temps, je me disais que ce n'étaient peut-être que des coïncidences, ou qu'il ne percevait que les vibrations.
Je ne voulais pas qu'il soit sourd. Quand je parlais à SK de l'éventualité qu'il le soit malgré tout, il me répondait toujours que ce n'était pas bien grave, qu'il travaillerait juste un peu plus que les autres. Mais s'il avait été sourd, je me serais sentie coupable. Coupable de l'imposer à SK. Car ce n'est pas si facile que ça. Et coupable aussi de transmettre ce handicap à mon enfant.
Je ne voulais vraiment pas qu'il soit sourd. Et j'ai été soulagée quand le personnel médical de la maternité m'a assuré qu'il était certainement entendant, vu ses réactions aux bruits environnants. Par la suite, on est allés trouver une confirmation au centre ORL où le médecin nous a dit que tout marchait bien. La pédiatre m'a même dit qu'Aurel entendait plutôt bien, mais était plutôt assez sensible aux bruits. Je ne m'étonnais donc pas qu'Aurel ait le sommeil assez léger.
D'ailleurs, parfois, un gros bruit le faisait sursauter ou réveiller, et dans ces cas, je disais : "Quel dommage qu'il ne soit pas sourd !", mais toujours en plaisantant.
Je me souviens que le soir où on l'a clairement senti bouger, SK lui avait mis de la musique, et il avait encore plus bougé. Par la suite, SK lui mettait de temps en temps de la musique, et il réagissait toujours. De même que quand SK lui parlait. J'étais sûre qu'il entendait, mais en même temps, je me disais que ce n'étaient peut-être que des coïncidences, ou qu'il ne percevait que les vibrations.
Je ne voulais pas qu'il soit sourd. Quand je parlais à SK de l'éventualité qu'il le soit malgré tout, il me répondait toujours que ce n'était pas bien grave, qu'il travaillerait juste un peu plus que les autres. Mais s'il avait été sourd, je me serais sentie coupable. Coupable de l'imposer à SK. Car ce n'est pas si facile que ça. Et coupable aussi de transmettre ce handicap à mon enfant.
Je ne voulais vraiment pas qu'il soit sourd. Et j'ai été soulagée quand le personnel médical de la maternité m'a assuré qu'il était certainement entendant, vu ses réactions aux bruits environnants. Par la suite, on est allés trouver une confirmation au centre ORL où le médecin nous a dit que tout marchait bien. La pédiatre m'a même dit qu'Aurel entendait plutôt bien, mais était plutôt assez sensible aux bruits. Je ne m'étonnais donc pas qu'Aurel ait le sommeil assez léger.
D'ailleurs, parfois, un gros bruit le faisait sursauter ou réveiller, et dans ces cas, je disais : "Quel dommage qu'il ne soit pas sourd !", mais toujours en plaisantant.
La faculté
En classe de Terminale, se posait la question de notre orientation professionnelle.
Le BIG problème que j'avais alors, c'était que je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire. Peut-être professeur spécialisée... Sans trop grande conviction, car au fond, ce que je voulais vraiment faire, c'était être professeur de Français dans une école normale. Pas dans une école spécialisée. Mais mon handicap a fait que j'ai dû faire une croix dessus.
Je m'étais quand même dit que je voulais faire des études de Lettres Modernes.
Puis j'ai rencontré la responsable de l'intégration des sourds à la fac. Une incompétente de plus. Mais elle a fait fort en me conseillant de plutôt faire une Licence de Droit quand je lui ai exposé que je voulais avoir une Licence de Lettres Modernes pour ensuite passer un concours pour intégrer l'école de Chambéry qui formait les professeurs spécialisés.
Et j'ai fait fort en me disant que pourquoi pas, je pouvais bien essayer, surtout si le Droit ouvrait autant de portes qu'elle me l'assurait. Seulement, je n'étais pas faite pour le Droit. Je m'en suis enfin rendu compte au bout d'un an et demi de Droit. J'ai donc laissé tomber ces études avant de passer les derniers examens, puis, comme j'avais fini par douter de moi-même, je me suis dit que je n'y arriverais sans doute pas plus en Lettres, et j'ai choisi la Psychologie. Surtout que je lisais beaucoup moins depuis l'entrée diabolique d'Internet dans ma vie.
La Psychologie m'a beaucoup intéressée, et je n'ai pas regretté mon choix, mais malheureusement, elle comportait des matières scientifiques qui me faisaient plonger, sans compter que le Droit m'avait ôté toute confiance en moi, et j'ai gâché mon potentiel en me disant que je n'y arriverais pas.
D'autant plus qu'en matière d'aide, c'était toujours la même histoire : on prenait les notes à ma place. Mais là, c'était pire. C'était un autre étudiant, celui que je choisissais d'après sa manière d'écrire, qui prenait les notes à ma place, pendant qu'un interprète me traduisait en LSF ce que disait le professeur. Mais la première année de Droit, comme je n'étais pas vraiment rodée en LSF (c'est la responsable qui m'avait proposé d'essayer, et j'avais donc accepté), j'étais rapidement larguée, et je faisais semblant d'écouter l'interprète, en faisant un signe de tête de temps en temps (d'ailleurs à l'occasion de l'année des Handicapés, on m'a interviewée pour M6, et on me voit faire semblant d'écouter... Par contre après, je n'ai pas arrêté d'en entendre parler, car manque de pot, la plupart de mes anciens professeurs m'avaient vue à la TV, et à chaque fois la responsable me rapportait un : "Il/Elle t'a vue à la TV, il/elle t'a trouvée vraiment bien !" Ma réponse sceptique : "Ah bon..."). Toujours est-il qu'à force de voir l'interprète agiter ses mains, ma mémoire les enregistrait, et j'ai rapidement progressé en LSF. A tel point qu'avec 3 autres étudiants sourds, on a donné à notre tour des cours de LSF à d'autres étudiants entendants. J'en ai donné pendant 4 ans.
Mais je m'égare.
La psychologie m'intéressait vraiment beaucoup, surtout la psychologie sociale, la psychopathologie, la psychologie du développement, où j'avais de bonnes notes. Mais pas dans les matières scientifiques.
Je dirais que pour la prise de notes, demander à un autre étudiant n'est pas vraiment une bonne idée, parce que lui-même débute dans les études, et n'a donc pas forcément pris le bon pli d'emblée, sans compter que les heures de travail personnel sont considérables et suffisamment lourdes pour qu'il ait une autre personne à sa charge. En plus, il devait faire des photocopies pour me les passer, et bonjour le bordel, entre le trompage de page, ou la double photocopie, la remise des photocopies avec une semaine de décalage, etc... Tout cela m'a démotivée au bout d'un moment. J'en avais aussi marre de faire des études, surtout que je ne savais toujours pas ce que je voulais faire, et je ne voyais pas où cela me menait.
Par contre, en parallèle avec la Psychologie, j'avais l'Histoire en option, et j'adorais cette matière. J'avais de bonnes notes, ainsi qu'en Anglais que j'avais continué depuis le début de mes études.
Et en Droit, j'aimais beaucoup l'Histoire (je ne sais plus le vrai nom de la matière, je demanderai à ma sœur qui a fait du Droit jusqu'au Master), et le Droit Civil.
Maintenant, en ce qui concerne mes projets professionnels, c'est entre parenthèses pour l'instant, parce que j'ai eu un enfant il y a maintenant 4 mois.
Mais je sais maintenant ce que je veux faire, et surtout comment je vais faire, ce dont j'ai vraiment besoin. Mais je n'en parlerai pas avant l'heure H, parce que je n'ai pas envie qu'on vienne me saboter la motivation en me disant : "C'est bouché comme voie", ou "Pour quoi faire ?", ou "Tu ne vas pas y arriver, avec un enfant en plus !", etc.
J'ai la motivation pour y arriver. Alors, j'y arriverai.
Le BIG problème que j'avais alors, c'était que je n'avais aucune idée de ce que je voulais faire. Peut-être professeur spécialisée... Sans trop grande conviction, car au fond, ce que je voulais vraiment faire, c'était être professeur de Français dans une école normale. Pas dans une école spécialisée. Mais mon handicap a fait que j'ai dû faire une croix dessus.
Je m'étais quand même dit que je voulais faire des études de Lettres Modernes.
Puis j'ai rencontré la responsable de l'intégration des sourds à la fac. Une incompétente de plus. Mais elle a fait fort en me conseillant de plutôt faire une Licence de Droit quand je lui ai exposé que je voulais avoir une Licence de Lettres Modernes pour ensuite passer un concours pour intégrer l'école de Chambéry qui formait les professeurs spécialisés.
Et j'ai fait fort en me disant que pourquoi pas, je pouvais bien essayer, surtout si le Droit ouvrait autant de portes qu'elle me l'assurait. Seulement, je n'étais pas faite pour le Droit. Je m'en suis enfin rendu compte au bout d'un an et demi de Droit. J'ai donc laissé tomber ces études avant de passer les derniers examens, puis, comme j'avais fini par douter de moi-même, je me suis dit que je n'y arriverais sans doute pas plus en Lettres, et j'ai choisi la Psychologie. Surtout que je lisais beaucoup moins depuis l'entrée diabolique d'Internet dans ma vie.
La Psychologie m'a beaucoup intéressée, et je n'ai pas regretté mon choix, mais malheureusement, elle comportait des matières scientifiques qui me faisaient plonger, sans compter que le Droit m'avait ôté toute confiance en moi, et j'ai gâché mon potentiel en me disant que je n'y arriverais pas.
D'autant plus qu'en matière d'aide, c'était toujours la même histoire : on prenait les notes à ma place. Mais là, c'était pire. C'était un autre étudiant, celui que je choisissais d'après sa manière d'écrire, qui prenait les notes à ma place, pendant qu'un interprète me traduisait en LSF ce que disait le professeur. Mais la première année de Droit, comme je n'étais pas vraiment rodée en LSF (c'est la responsable qui m'avait proposé d'essayer, et j'avais donc accepté), j'étais rapidement larguée, et je faisais semblant d'écouter l'interprète, en faisant un signe de tête de temps en temps (d'ailleurs à l'occasion de l'année des Handicapés, on m'a interviewée pour M6, et on me voit faire semblant d'écouter... Par contre après, je n'ai pas arrêté d'en entendre parler, car manque de pot, la plupart de mes anciens professeurs m'avaient vue à la TV, et à chaque fois la responsable me rapportait un : "Il/Elle t'a vue à la TV, il/elle t'a trouvée vraiment bien !" Ma réponse sceptique : "Ah bon..."). Toujours est-il qu'à force de voir l'interprète agiter ses mains, ma mémoire les enregistrait, et j'ai rapidement progressé en LSF. A tel point qu'avec 3 autres étudiants sourds, on a donné à notre tour des cours de LSF à d'autres étudiants entendants. J'en ai donné pendant 4 ans.
Mais je m'égare.
La psychologie m'intéressait vraiment beaucoup, surtout la psychologie sociale, la psychopathologie, la psychologie du développement, où j'avais de bonnes notes. Mais pas dans les matières scientifiques.
Je dirais que pour la prise de notes, demander à un autre étudiant n'est pas vraiment une bonne idée, parce que lui-même débute dans les études, et n'a donc pas forcément pris le bon pli d'emblée, sans compter que les heures de travail personnel sont considérables et suffisamment lourdes pour qu'il ait une autre personne à sa charge. En plus, il devait faire des photocopies pour me les passer, et bonjour le bordel, entre le trompage de page, ou la double photocopie, la remise des photocopies avec une semaine de décalage, etc... Tout cela m'a démotivée au bout d'un moment. J'en avais aussi marre de faire des études, surtout que je ne savais toujours pas ce que je voulais faire, et je ne voyais pas où cela me menait.
Par contre, en parallèle avec la Psychologie, j'avais l'Histoire en option, et j'adorais cette matière. J'avais de bonnes notes, ainsi qu'en Anglais que j'avais continué depuis le début de mes études.
Et en Droit, j'aimais beaucoup l'Histoire (je ne sais plus le vrai nom de la matière, je demanderai à ma sœur qui a fait du Droit jusqu'au Master), et le Droit Civil.
Maintenant, en ce qui concerne mes projets professionnels, c'est entre parenthèses pour l'instant, parce que j'ai eu un enfant il y a maintenant 4 mois.
Mais je sais maintenant ce que je veux faire, et surtout comment je vais faire, ce dont j'ai vraiment besoin. Mais je n'en parlerai pas avant l'heure H, parce que je n'ai pas envie qu'on vienne me saboter la motivation en me disant : "C'est bouché comme voie", ou "Pour quoi faire ?", ou "Tu ne vas pas y arriver, avec un enfant en plus !", etc.
J'ai la motivation pour y arriver. Alors, j'y arriverai.
Mon frère
J'ai une petite sœur et un petit frère. Ma sœur est entendante, mais pas mon frère. Il a 6 ans de moins que moi, et eu beaucoup moins de chance que moi.
Comme moi, il a débuté sa vie scolaire à l'école d'Auray pendant que j'étais à Vannes, mais il a d'abord eu deux maîtresses beaucoup moins compétentes que Sœur Myriam, qu'il n'a eu qu'en GS. Il était déjà un peu pénalisé par rapport à moi.
Puis, pendant que j'étais au collège, mon petit frère était en CP dans l'école spécialisée dont j'ai parlé dans l'article précédent. Et c'est là que mes parents ont réalisé à quel point ils avaient été trompés par l'école. Tout d'abord, la classe de mon frère avait pris énormément de retard dans l'apprentissage d'à peu près tout, et il avait donc fallu que ma mère apprenne elle-même la lecture à mon frère. Entre autres. Mais en plus de cela, leur maîtresse leur parlait... en langue des signes. Alors qu'on avait certifié à mes parents que l'école leur apprenait à parler, à se débrouiller oralement.
Premier mensonge...
L'année suivante, mes parents ont donc inscrit mon frère en CP dans une école normale. Ils voulaient d'abord l'inscrire dans une école juste à côté de notre collège. Mais l'école spécialisée était passée par-là, et avait fait en sorte que cette école refuse mon frère.
Premiers bâtons dans les roues.
Mes parents ont toqué à la porte de plusieurs écoles, avant de finalement en trouver une qui n'était pas loin de chez nous. Mais le combat ne faisait que commencer. Ils ont dû se battre de nouveau pour que mon frère bénéficie de soutien scolaire, tout comme j'en avais eu, mais il n'en avait pas assez, à peine 1h par semaine. Donc, cela a donné beaucoup de travail à ma mère qui, en plus d'être derrière moi au collège, de son boulot, devait faire travailler mon frère pour qu'il progresse.
Mais au contraire de moi, mon petit frère était quelqu'un de courageux, qui travaillait bien plus que moi. Il avait beaucoup de mérite, tout comme ma mère.
Je me souviens qu'il suivait des cours d'orthophonie, et que son orthophoniste (qui m'avait suivie aussi en 6ème et qui me proposait... soit de travailler, soit de faire un jeu de société, devinez ce que je choisissais) avait dit à mes parents que mon frère était malheureux. Et qu'il ne voulait pas travailler, préférant jouer. Ben voyons... Si elle lui faisait la même chose qu'à moi, il fallait être certain qu'il préférerait aussi jouer ! Et il n'était absolument pas malheureux. Mais elle se prétendait psychologue. Il faut dire aussi que beaucoup de professeurs spécialisés, orthophonistes, avaient la particularité de tous se prétendre psychologues, de bien comprendre les sourds (mais alors, pourquoi tous les sourds se plaignaient-ils d'eux, les qualifiant tous d'incompétents notoires ?), et... de les trouver tous malheureux, tous sans exception. Même moi, ils m'avaient trouvée malheureuse, et ils m'avaient envoyé un psy à qui je n'avais rien de particulier à raconter. Et qui était incompétente aussi... Enfin, étaient, car il y en avait deux.
Puis est arrivé le CM2, l'heure de choisir le collège où il irait. Comme celui où j'avais été n'acceptait plus les sourds, il fallait en choisir un autre, et surtout pas le collège public qui avait mauvaise réputation et de mauvais résultats, et où étaient regroupés tous les sourds.
Il a donc encore fallu que mes parents se battent pour que mon frère soit accepté dans le collège qui était juste à côté de chez nous, que le corps enseignant l'accepte, qu'il ait des heures de soutien, mais là encore, il n'en avait qu'une à peine par semaine, heureusement qu'il en avait avec les professeurs eux-mêmes. Cela a été assez dur à la fois pour mon frère et mes parents, mais il a fait tout son collège sans redoubler.
Maintenant, il est en Terminale, dans le même lycée que moi, mais ça se passe mieux pour lui que pour moi, et j'en ai été soulagée. Il est en Economie et Social, un truc comme ça, je ne sais plus trop ce que veulent dire "ES". Le bac, c'est donc cette année pour lui.
Mon frère est incontestablement quelqu'un que j'admire, car il a toujours travaillé bien plus que moi et est quelqu'un de très courageux et mature pour son âge.
Comme moi, il a débuté sa vie scolaire à l'école d'Auray pendant que j'étais à Vannes, mais il a d'abord eu deux maîtresses beaucoup moins compétentes que Sœur Myriam, qu'il n'a eu qu'en GS. Il était déjà un peu pénalisé par rapport à moi.
Puis, pendant que j'étais au collège, mon petit frère était en CP dans l'école spécialisée dont j'ai parlé dans l'article précédent. Et c'est là que mes parents ont réalisé à quel point ils avaient été trompés par l'école. Tout d'abord, la classe de mon frère avait pris énormément de retard dans l'apprentissage d'à peu près tout, et il avait donc fallu que ma mère apprenne elle-même la lecture à mon frère. Entre autres. Mais en plus de cela, leur maîtresse leur parlait... en langue des signes. Alors qu'on avait certifié à mes parents que l'école leur apprenait à parler, à se débrouiller oralement.
Premier mensonge...
L'année suivante, mes parents ont donc inscrit mon frère en CP dans une école normale. Ils voulaient d'abord l'inscrire dans une école juste à côté de notre collège. Mais l'école spécialisée était passée par-là, et avait fait en sorte que cette école refuse mon frère.
Premiers bâtons dans les roues.
Mes parents ont toqué à la porte de plusieurs écoles, avant de finalement en trouver une qui n'était pas loin de chez nous. Mais le combat ne faisait que commencer. Ils ont dû se battre de nouveau pour que mon frère bénéficie de soutien scolaire, tout comme j'en avais eu, mais il n'en avait pas assez, à peine 1h par semaine. Donc, cela a donné beaucoup de travail à ma mère qui, en plus d'être derrière moi au collège, de son boulot, devait faire travailler mon frère pour qu'il progresse.
Mais au contraire de moi, mon petit frère était quelqu'un de courageux, qui travaillait bien plus que moi. Il avait beaucoup de mérite, tout comme ma mère.
Je me souviens qu'il suivait des cours d'orthophonie, et que son orthophoniste (qui m'avait suivie aussi en 6ème et qui me proposait... soit de travailler, soit de faire un jeu de société, devinez ce que je choisissais) avait dit à mes parents que mon frère était malheureux. Et qu'il ne voulait pas travailler, préférant jouer. Ben voyons... Si elle lui faisait la même chose qu'à moi, il fallait être certain qu'il préférerait aussi jouer ! Et il n'était absolument pas malheureux. Mais elle se prétendait psychologue. Il faut dire aussi que beaucoup de professeurs spécialisés, orthophonistes, avaient la particularité de tous se prétendre psychologues, de bien comprendre les sourds (mais alors, pourquoi tous les sourds se plaignaient-ils d'eux, les qualifiant tous d'incompétents notoires ?), et... de les trouver tous malheureux, tous sans exception. Même moi, ils m'avaient trouvée malheureuse, et ils m'avaient envoyé un psy à qui je n'avais rien de particulier à raconter. Et qui était incompétente aussi... Enfin, étaient, car il y en avait deux.
Puis est arrivé le CM2, l'heure de choisir le collège où il irait. Comme celui où j'avais été n'acceptait plus les sourds, il fallait en choisir un autre, et surtout pas le collège public qui avait mauvaise réputation et de mauvais résultats, et où étaient regroupés tous les sourds.
Il a donc encore fallu que mes parents se battent pour que mon frère soit accepté dans le collège qui était juste à côté de chez nous, que le corps enseignant l'accepte, qu'il ait des heures de soutien, mais là encore, il n'en avait qu'une à peine par semaine, heureusement qu'il en avait avec les professeurs eux-mêmes. Cela a été assez dur à la fois pour mon frère et mes parents, mais il a fait tout son collège sans redoubler.
Maintenant, il est en Terminale, dans le même lycée que moi, mais ça se passe mieux pour lui que pour moi, et j'en ai été soulagée. Il est en Economie et Social, un truc comme ça, je ne sais plus trop ce que veulent dire "ES". Le bac, c'est donc cette année pour lui.
Mon frère est incontestablement quelqu'un que j'admire, car il a toujours travaillé bien plus que moi et est quelqu'un de très courageux et mature pour son âge.
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